| RECIT DE CHASSE !
Un premier Chevreuil pour l’équipage des Chambarands par René Bret, Groupe Cerf, Pays N° 5
« Nous sommes le samedi 25 septembre 1993. C’est seulement la deuxième journée de chasse de la saison. L’équipage s’est donné rendez-vous au chenil où 24 grands anglo-français nous attendent ; 5 d’entre eux vont d’ailleurs vivre leur première chasse !
Une pluie fine, incessante siffle sur nos têtes. Arrivés dans les prairies de Galaveyson, les chiens prennent connaissance d'un Chevreuil venu au gagnage. À leur approche, l'animal est lancé dans les Pins de Montfalcon. Il franchit la goudronnée, monte aux Terres Rouges (comptant probablement y trouver d’autres animaux de change) puis, redescend au ruisseau en crue et traverse la Grande Réserve, avant de filer vers le Camp Bâti.
Les chiens chassent bien, parfaitement ameutés. La pluie colle aux branches et la voie est formidable. Cependant, au Plateau des Monettes, la meute tombe en défaut (les chiens perdent la trace de l’animal) et trois chevreuils se dérobent. Les chiens restent admirablement sages… Quel spectacle grandiose pour le veneur (personne qui chasse à courre)! Quelle récompense pour l’éleveur ! Seul le bel Héraclès, signe ici sa première bêtise en chassant seul ces animaux quelques instants, avant de rallier à la trompe. (Il deviendra par la suite notre chien de tête.)
En foulant dans les hautes fougères, Sire William’s, mon trotteur, se coince dans un barbelé, m’obligeant à mettre pied à terre pour l’en délivrer. Le cheval reste curieusement discipliné, et notre frayeur sera heureusement sans dommage.
Mais, notre animal d’attaque n’a toujours pas été retrouvé. Après vingt interminables minutes, Cheverny, mon chien de change (chien d'exception au flair très subtil qui est capable de ne chasser que l’animal d’attaque), se met au galop et se récrie à La Capitale en faisant tête vers la Ferme des Lilas. Aussitôt, l’ensemble des chiens se rameute (rejoigne le leader) et la chasse perce vers le Pré Carré, traverse le Plâtre Borrel, saute le Galaveyson, et débuche au Brûlefer.
L’animal fatigué est annoncé par Mireille Vicat : il double sa voie (l’animal recule pour tromper les chiens) à l’étang de Morcel sur une centaine de mètres avant de rembucher (rentrer à nouveau dans le bois), alors que les chiens peinent à s’extraire du fourré détrempé. Aussitôt, la menée (les chiens qui se récrient en courant) reprend de plus belle jusqu’au ruisseau où les chiens retombent en défaut. Là, deux chiens se distinguent particulièrement : De Mazières et Folembray. Ils suivent l’animal qui a descendu le cours d’eau pour perdre ses effluves.
La sortie de l’eau est fulgurante ! Accompagnée d’un joyeux bien-aller (sonnerie de trompes de chasse gaie), tous les chiens se récrient gaîment et leurs échos dans les combes percute et nous exalte.
Enfin, dans le dédale de ses ruses, le Chevreuil tente encore de s’éclipser en montant au Brûlé, mais se sentant sur ses fins (l’animal est aux abois etse sent défaillir), il fait subitement demi-tour et recule face à la meute.
Un nouveau spectacle inouï s’offre à mes yeux : celui des jeunes chiens s’écartant pour laisser passer l’animal qui leur fonce dessus. Seulement, les anciens ont levé le nez, pointés leurs oreilles et flairés la bonne cuisine, car ils ont pressenti l’inéluctable dénouement.
Se rabattant derrière Du Meslier et Fermaincourt, la meute se ressoude et gagne progressivement du terrain sur le Chevreuil qui s’est rasé dans la pente (il s'est tapis au sol). Je saute à terre pour le servir (lui donner le coup de grâce à l’arme blanche) tandis que mon cheval en profite pour nous fausser compagnie et pour regagner son écurie...
C'est assurément l’instant le plus merveilleux de ma vie ! Trempé, entouré de tous mes chiens écumants, je salue au passage les ruines du Château Féodal et descend le coteau de Balthazard avec mon premier Chevreuil sur les épaules en retraitant vers le chenil.
Je me mets soudainement à chanter « les honneurs » (cérémonial qui consiste à offrir le pied antérieur droit de l’animal à une personne que le Maître d’équipage souhaite honorer), lesquels sont remis à Madame Alice Bret, lors de la curée (partie de la bête abattue et laissée aux chiens en guise de récompense). »
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